Dans cette opération, c’était échapper aux inquisiteurs qui avait été le plus amusant. Le prêtre était tombé dans le piège sans problème et l’Inquisition qui ne demandait pas mieux que de traquer les suppôts de Satan, avait répondu positivement à sa lettre de dénonciation. Bien sûr, son petit rôle de sorcière aurait pu lui coûter la vie, mais la jeune femme n’en était pas à sa première aventure et elle savait manier les hommes, surtout quand ils étaient pétris de puritanisme. Ainsi n’avait-elle pas résisté quand ils s’étaient précipités sur elle. Elle leur avait ouvert les bras en criant : « Prenez- moi ! »
Comme prévu, leur élan en fut brisé net. Aucun d’entre eux ne voulait se fourvoyer avec une sorcière. Nue de surcroît, c’est une affaire à rôtir en enfer. Elle avança donc d’une démarche aussi chaloupée qu’il est possible dans un marais vers ces hommes terrifiés qui reculaient devant son assurance. Elle passa calmement à côté d’eux ; le temps qu’ils recouvrent leurs esprits, elle avait rejoint l’entrée du tunnel par lequel elle était venue, et avait donc disparu à leurs yeux, subterfuge qui n’allait pas arranger les affaires du prêtre.
Elle suivit un moment le passage souterrain à tâtons, jusqu’à la malle dans laquelle elle avait laissé ses vêtements qu’elle enfila, avant d’allumer une torche accrochée au-dessus d’elle. Elle s’enfonça ensuite dans les couloirs. Après avoir bifurqué à plusieurs endroits, elle arriva directement dans les catacombes de Douclemont.
Après quelques minutes, elle distingua une lueur provenant d’une autre torche. Lorsqu’elle fut certaine qu’il s’agissait bien de son employeur, un homme sale et trapu, elle lui lança : « C’est fait, notre homme sera sur le bûcher avant la fin de la semaine ».
« Du moment qu’il n’est pas dans son église dans deux jours. » Il lui lança une bourse bien remplie. « Voici la somme, si t’en veux encore, tu sais où m’ trouver, y a du travail en ce moment ». Il disparut dans un couloir.
Elle savait en effet où le trouver. Il était marin et flânait toujours sur les quais. Il était employé par le comte de Loupin- frère du Duc de Parnes- un homme riche qui le payait grassement pour faire de sales besognes. En cas de danger, il pouvait se faire embaucher sur un navire et mettre les voiles. Et si le comte avait fait disparaître le prêtre, notoirement le meilleur agent du Duc, il y aurait probablement bientôt un nouveau duc.
Pour commencer le premier épisode d'une nouvelle proposée dans un atelier d'écriture de Télérama il y a quelques années. Il s'agissait d'un texte de 2000 signes avec des mots imposés. J'ai oublié lesquels et biensur je ne les ai pas noté (paresse quand tu me tiens !). Le tout devait imiter le style de Dumas.
1 Ce qu'un abbé trouva dans les marais
« Peste soit de ce fichu métier ! » L’homme qui jurait ainsi était un drôle d’olibrius du nom de Vifron. Grand, sec, jeune, cheveux filasses et noirs, il pataugeait rageusement dans les marais de Flévoir.
Il était bien tard pour s’activer dans un tel lieu. De surcroît, sa robe de prêtre l’incommodait grandement.
Il avait endossé la soutane voilà quelques années, au monastère de Doucin, placé là par le Duc de Parnes pour lequel il espionnait. Ce dernier aimait fort avoir des hommes à lui disséminés dans son duché.
D’une paresse peu commune, notre hère pensait avoir trouvé là un moyen reposant de gagner sa vie. Il n’avait pas son pareil pour paraître occupé. Il faisait en tout et pour tout un rapport par mois dans lequel il ne racontait rien hormis diverses fables fort bien contées, mais invérifiables. En retour, il avait obtenu du duc que ses supérieurs de clergé ne l’afflige d’aucune corvée.
Et voilà qu’il avait reçu une lettre portant le sceau du duc et qui lui ordonnait de rencontrer un agent à minuit dans le marais de Flévoir. Ne pouvant se dérober à cette obligation, notre homme s’y rendit donc. Il sursauta lorsqu’une jeune femme nue sortit de la pénombre et se mit à danser. Il crut avoir franchi par mégarde quelque porte des enfers. Elle avança vers lui pareille à un démon tentateur, se déhanchant lentement, malgré la boue. Vifron restait bouche bée, ensorcelé. Lentement, il sortit de sa torpeur. C’était à coup sûr l’agent qu’il devait rencontrer. Mais pourquoi était-elle nue et pourquoi dansait-elle ? Il y réfléchirait plus tard. C’était incongru, certes, mais pas plus que d’être en bure après tout.
« N’avez -vous point un message pour moi ? » En guise de réponse, elle prit entre ses seins un petit pendentif, l’ouvrit et en sortit un minuscule papier qu’elle lui tendit.
« Lisez à voix haute et sonore. » roucoula-t-elle. Intrigué et pressé de connaître le fin mot de l’histoire, il s’exécuta donc, portant la lettre à la lueur de sa torche. Sa voix résonna lugubrement dans les marais.
« Par la volonté des forces des ténèbres, je jure fidélité à Satan, je … Qu’est-ce que ? »
Au même moment, des ombres ténébreuses surgirent des alentours et hurlèrent : « Hérésie ! Sorcellerie ! Au bûcher les suppôts de Satan ! » Horrifié, Vifron réalisa qu’il avait été piégé. Il n’eut pas le temps d’en comprendre davantage. Déjà s’abattait sur lui la masse des ombres furieuses.