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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 20:41

Princesse en péril est le premier chapitre de La geste de Palater. Pour rejoindre le reste de l'histoire, cliquez sur sommaire.

 

Sommaire

 

 

 

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1. Princesse en péril

 

princesse-qui-crie-titre.jpg

 

 

          Palater, la main droite crispée sur son arme, grimpait l’escalier d’un pas qu’il espérait leste, rapide, discret et prudent. Son fardeau qu’il tenait de la main gauche, clapotant en cadence, la rendait pourtant bien chaotique. Il ne le sentait pas tant son esprit était troublé par le danger.

Sa tête tournait à cause de ce fichu escalier. Les gens qui batissent les escaliers en colimaçon ne pensent à ceux qui vont devoir les grimper à toute allure.

Ce n’était pas du danger que Palater avait peur. D’ailleurs Palater n’avait pas peur. Et même Palater n’avait jamais peur. S’il frissonnait, c’était à cause de l’air provenant des meurtrières perçant çà et là le mur, qui lui glaçait les os. Surtout ceux des jambes car elles étaient trempées.

Il arriva au premier et ultime étage et s’arrêta devant l’unique porte qui s’y dressait. Le sang lui battait les tempes. Il prêta brièvement l’oreille et ce qu’il y entendit de l’autre côté de la porte confirma ses craintes :

« Maintenant CHTOUF Princesse CHTOUF il CHTOUF me CHTOUF faut vous CHTOUF tuer. »

« Maintenant Princesse, il me faut vous tuer. » traduisit aussitôt Palater qui flairait le danger comme personne *.

 

* Comme personne heureusement, car il n’avait pas pensé que le CHTOUF-bruit du sang dans les tempes- pu être remplacé par autre chose que du vide. Ca aurait pu donner :

Maintenant écoutez Princesse ! Mettez-y le fond de votre âme. Votre discours est faux, vous devez ponctuer. (Conseil agacé du Maitre de Diction)

Maintenant de la souplesse Princesse ! Le crocodile énorme en porte-à-faux Vous l’avez effectué ! (Consignes enthousiastes du Maitre de Gymnastique)

Maintenant clignez Princesse. Vos cils sont sublimes. Il faut vous habituer. (bavardages admiratifs de la camériste)

Et encore d’autres possibilités, ou le danger n’était pas flagrant.

 

          Le sang de Palater ne fit qu’un tour –de ses tempes à ses tempes. Il envoya valser la porte d’un coup de pied et se rua dans la chambre de la princesse. D’un coup d’oeil, il avisa celle-ci – dans une somptueuse toilette, eu-t-il le réflexe de remarquer- en larmes, et face à elle, une vieille femme brandissant une fiole contenant un liquide jaunâtre. Palater vit que la sorcière allait empoisonner sa chère Ombre – Dans ses pensées uniquement, Palater appelait la princesse par son prénom. La rage l’envahit. Il se précipita sur la mégère, lâcha son fardeau pour saisir son arme à deux mains et l’abattit de toutes ses forces sur sa tête.

SPLASH..........CRACK ! ! !

Le manche à balais explosa sur la tête de la pauvre vielle qui resta debout une seconde avant de s’effondrer. Le sang bouillonnait dans les veines et dans les tempes de Palater. En grognant, il roua de coups de pied la masse inerte. Comment osait-elle s’en prendre à son Ombre ? Eusse-il s’agit du diable en personne, Palater ne l’eu pas haït d’avantage et ne se serait pas battu avec plus d’énergie. Ah on voulait tuer la princesse ! PAF ! On voulait s’en prendre au sel de sa vie ! POUF ! On voulait fouler du pied la plus délicate des fleurs ! REPAF !On voulait assassiner Ombre ! Ombre ! Ombre... PAF PAF PAF PAF

Ombre criait.

Le sang du jeune amoureux se figea.

« Aaaaaaarggh ! Ma robe ! Ma camériste ! A l’assassin ! A la gaaaaaarde ! »

Ce dernier mot, la princesse l’avait hurlé d’une façon si stridente qu’elle avait du alerté tout le château.

Palater fut contraint de protéger ses oreilles de ses mains. Elle le regardait, furieuse. A l’assassiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiin ! explosa-t-elle à nouveau, atteignant un degré supplémentaire sur l ‘échelle du brise-tympan catégorie « très aigu ».

Palater se sentait dans l’état du défenseur de la veuve et de l’orphelin lorsqu’il se fait gifler par la veuve et mordre par l’orphelin.

 

princesse-qui-crie.jpg

 

          Sa figure se décomposa et il attendit l’ouragan qui ne manquerait pas de suivre la sirène. Les colères de la princesse étaient en effet célèbres dans tous les royaumes de l’Alliance. Très stéréotypées, elles se composaient toujours d’une série de hurlements atteignant rapidement les ultrasons et capables de briser tous les cristaux sur deux lieux à la ronde*, suivie d’une fureur dévastant une zone longue, large et même haute de vingt pieds**.

 

*Il n’y avait d’ailleurs plus un seul cristal dans le royaume depuis la naissance de la princesse Ombre. Cette carence était connue dans toutes les autres contrées. Par conséquent, lorsqu’un ambassadeur étranger venait au château, il apportait toujours un magnifique présent de cristal qui explosait généralement aux portes du château. On avait pris l’habitude qu’un ambassadeur s’annonçait toujours par un mélodieux bruit de cristal brisé. On était même devenu capable de deviner la provenance de l’émissaire, selon la qualité des cristaux.

 

** Concrètement, cela consistait à ce qui peut-être porté, ôté, soulevé, décroché, enlevé, arraché, dessoclé, l’était sur vingt pieds et était projeté sur la personne sujette à l’ire de la princesse.

 

          La princesse hurla plusieurs fois et de plus en plus aigu. Palater comprima plus fort ses oreilles et, à défaut de pouvoir disparaître se ramassa en position fœtale. Tout à coup, le silence revint. C’était la période la plus angoissante. Le calme avant l'ouragan. Il se releva. Il valait mieux affronter la suite debout, alerte. Il plaça ses mains devant lui pour parer à d’éventuels projectiles. Il fixa la princesse pour tenter d’anticiper ses mouvements. Pour l’instant, elle bougeait à peine. Seule sa mâchoire s’ouvrait périodiquement. Sur son joli minois rougi par la colère, on pouvait voir qu’elle continuait à hurler. Mais aucun son ne sortait. Dans le silence oppressant de la chambre, Palater nota juste quelques bruits anodins. En bas, les gémissements de la camériste qui revenait à elle. Par la porte restée ouverte, les pas précipités de la garde dans l’escalier. Dehors, le vol de chauve-souris fuyant vers un ciel fortement azuré. Au loin, un cristal se brisa. « Tiens, un ambassadeur de Patchouanie. » remarqua Palater avec un calme étonnant. Une série de chocs mous marqua l’écrasement régulier de chauve souris contre les murs du château. Enfin, les cris inaudibles de la princesse s’arrêtèrent et firent place à un halètement cerbérien. « Elle reprend son souffle. », pensa plaintivement le jeune homme. Les mains de la demoiselle se crispèrent comme si elle s’apprêtait à l’étrangler.

A ce moment, trois gardes arrivèrent sur le pallier et s’arrêtèrent, plus effrayés que s’ils étaient venu chatouiller le nez d’un dragon allergique. Lentement, très lentement, la princesse se baissa. Alors seulement Palater fut frappé par l’ampleur du désastre. Sa magnifique toilette était trempée. De l’eau sale. Il déglutit péniblement, Le seau renversé à ses pieds. Etait celui dont il se servait pour nettoyer le sol crasseux de la grande salle et que, dans sa précipitation, il avait emmené avait lui dans la tour. Le seau qui était à demi plein -Palater était un optimiste- lorsqu’il était arrivé en haut et qu’il avait jeté en se ruant dans la pièce. La princesse était trempée ainsi que le lit et une partie de ses affaires. Mais pour cela, il ne s’inquiétait pas. Tout serait bientôt détruit. Il faillit s’excuser, se retint à temps. Il ne fallait pas. Surtout ne rien dire.

Lentement, très lentement, la princesse se saisit de l’objet du délit. « Ce sera le seau pour commencer. » nota calmement le jeune homme.

Existe-t-il un geste idéal pour envoyer un seau à bout portant ?

C’est cet instant que choisit le soldat Bianne pour entrer. Sans égard pour le protocole, il trébucha et s’affala de tout son long. Bianne était une jeune recrue pas vraiment impulsive ni courageuse. Mais il était très obéissant vis à vis de ses supérieurs, en particulier lorsque le sergent Trèfle lui donnait une mission d’observation et un coup de pied au cul en guise de baume au cœur. Ombre, les yeux écarquillés de rage tourna brusquement son regard foudroyant vers lui. Palater, dans une parfaite immobilité, vit le seau vrombir à quelques pouces de lui en direction du soldat. Le projectile alla s’écraser sur la tête du malheureux qui n’avait pas encore eu son baptême du feu. Le seau fut suivi de deux escarpins roses fraîchement portés et trempés d’eau sale. Aussitôt après s’envolèrent les deux morceaux brisés du balais –celui de Palater. Il percuta le soldat avant même que le jeune valet ne se rendit compte que la princesse les lui avait arrachés des mains.

Le soldat profita d’un répit inespéré lorsque la jeune fille s’attaqua au lit. Il reçu quelques coussins et un édredon éventré. Les plumes volaient en abondance. La furie royale soulevait déjà le premier de ces cinq matelas. Celui ci tournoya* bientôt vers l’homme, le manqua et explosa l’édredon. De nouvelles plumes en giclèrent et se mêlèrent à la danse des autres.


* Faire tournoyer un matelas est une activité difficile mais pas impossible. Preuve en est que le lancer-tournoyer fait partie des cinq épreuves du TBBRA – Tournois des Barbares Brutaux des Royaumes de l’Alliance. Pour votre culture personnelle, les quatre autres sont : l’abattage d’arbres à coup de tête, le combat contre un ours les yeux bandés, la chevauchée de taureau furieux les mains liées dans le dos et le gobage de crème caramélisée sauce arrabiata.

 

          Bien vite, Palater ne vit rien d’autre que le nuage de plumes si agité par la colère d’Ombre qu’on se serait cru au milieu d’un blizzard. Il entendit les quatre autres matelas s’écraser non loin de lui. Il regretta de ne pas les voir. Ceux ci scintillaient de couleurs différentes. Ils avaient été conçus spécialement pour que la princesse aie l’impression de dormir sur un arc en ciel et que ses rêves se teintent joyeusement. L’envol des matelas promettait donc d’être un spectacle unique et somptueux. Malheureusement, comme souvent dans ce genre de cas, le ciel était couvert et le spectacle gâché.

Plusieurs craquements rageurs et boisés firent sursauter le jeune valet. Apparemment, le sommier allait être mis à contribution. Des débris de bois rare et parfumés froufroutèrent dans l’air duveteux et atterrirent dans un bruit différent selon qu’ils rebondissaient sur le sol, le matelas ou le garde. Rapidement, la cacophonie s’amplifia. Palater ne sut plus reconnaître ce qui était jeté. Il supputa que les bougeoirs et les malles avaient aussi transitoirement appris à voler.

L'orage passé, le calme revint sur la chambre. Palater se sentait comme un condamné à mort qui apprend sa grâce sur l'échafaud : Immensément et éperdument soulagé. L'envie de dire merci au monde entier.

Le nuage de plumes s'éclaircit peu à peu. Les blancs flocons retombaient paisiblement. La princesse était debout face à lui. Divinement belle. Les plumes immaculées se déposaient sur des exquises épaules que la robe ne cachait pas et sur sa chevelure d'un blond très bouclé. On aurait dit un ange. Palater sourit béatement, et bêtement.

Sonore et douloureuse fut la gifle qui le sorti de son état de grâce. Il porta sa main à sa joue, surpris. Il lui avait tout de même sauvé la vie ! Elle le clouait du regard. : « J'attends une explication. » glapit-elle prête à redevenir tornade. « Moi aussi », aurait voulu répondre le jeune valet. Il s’abstint, bien conseillé par un solide instinct de survie.

Le valet marchait sur un fil. Le moindre battement d'aile de papillon dans son discours pouvait réenclencher la tempête. Il lança d'un trait : « Et bien voilà votre altesse j'étais en train de nettoyer la grande salle vous savez pour les préparatifs de votre mariage et je vous ai vu prendre les escaliers peu de temps après, il y eu cette silhouette mystérieuse

 Cette silhouette mystérieuse ? Coupa la princesse, cassante.

 Oui, enfin cette ombre menaçante...

 Cette ombre menaçante ? Articula Ombre, menaçante.

 Disons que j'ai vu quelqu'un qui vous suivait et qui en voulait à votre vie...

 Ma camériste. Dit froidement la princesse.

 Votre ? Demanda Palater qui croyait qu'elle réclamait par caprice sa maquilleuse.

 Ma camériste. Répéta-t-elle, glaciale, en désignant la masse gémissante sur laquelle il s'était acharné quelques minutes plus tôt.

 Oh. Regretta Palater. Êtes-vous sure qu'il n'y a pas quelqu'un d'autre ?

La princesse leva un sourcil. Mauvaise question..

Il enchaîna timidement : « Et je suppose qu'elle n'en voulait pas à votre vie. »

Silence foudroyant. Il continua à s'enliser « Pourtant je l'ai entendu dire « Maintenant princesse il me faut vous tuer. » Elle l'a dit n'est-ce pas ?

 Non ! Elle me mettait des faux-cils. *


* Vous aviez deviné, hein ?


          Palater regardait bêtement les faux cils longs comme des allumettes et menaçants comme des hallebardes. Son cerveau fit machine arrière pour réécouter les paroles menaçantes. Il prit cette fois le temps de boucher les trous et … « Ho ! Je crois que j’avais mal entendu. Bon et bien je crois que je ne vais pas vous déranger plus longtemps. Vous devez avoir des tas de choses à faire. »

Les mots qu'il laissait tomber courraient jusque la princesse et s'écrasaient sur la muraille de son mépris.

Elle n'entendait rien. Elle cherchait des yeux la garde, sachant d'expérience que cette engeance se tapissait souvent derrière la porte. Cette porte ayant été chevaleresquement... heu… valettement défoncée, le sergent Trèfle et ses deux sous-fifres se tenaient piteusement à découvert.

D'un regard impérieux, elle les amena, trottinant, jusque dans la pièce. Ils tentaient, réflexe de soldat, d'avoir fière allure et se préparaient, pour garder contenance, à s'emparer de quelqu'un.

Mais qui ?

Il semblait opportun de saisir le jeune valet, mais il y avait d'autres personnes dans la pièce et il était hors de question de se tromper sur les attentes de la princesse. Il était encore moins question de la faire attendre. Elle commençait déjà à changer de couleur.

Hop ! A l'action !

Comme s'ils étaient pourvus d'un seul cerveau pour trois, les soldats mirent en même temps la main sur Palater et l'emmenèrent manu militari, selon l'expression appropriée, contre son gré vers la sortie. Ce devait être le bon choix car ils sortirent sans encombre.

La descente fut difficile. Les gens qui bâtissent les escaliers en colimaçon ne pensent à ceux qui vont devoir les descendre en quatuor. Surtout quand l'un des membres du quatuor ne coopère pas et joue en soliste sa propre partition dans la direction opposée. Pourtant ils avalèrent les marches en trombe et ne ralentirent qu'en bas, quand ils furent certains que la princesse ne les rappellerait pas. C'est presque guillerets qu'ils poursuivirent leur chemin vers les cachots ou ils jetèrent le malheureux héros.

 

 

 

Chapitre 2 : In nomine G.O.


 

 


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commentaires

François 25/05/2009 10:25

Ça me rappelle furieusement le film que j'ai écouté hier soir (oui, je sais, c'est bizarre d'écouter un film, mais ça s'explique): Le coeur du guerrier.

run.s 22/05/2009 12:51

OlaBen moi il m'interesse ton fichier "pour lire plus à l'aise" :)merciInteressant ton site : jeu, voyages, infos créas, plein de bons trucs sympas.j'y prends ma retraite :)))

Le Paresseux 22/05/2009 19:10


Salut  Run.
Merci, c'est sympas !
Marrant que tu viennes par ici, nos sites se ressemblent sur pas mal de points. Tu permettras que je mette du temps à le parcourir, avec ma légendaire rapidité.
Tu as pris le thème Amazonie pour le côté foisonnant ou pour ta passion ?
Je suppose que tu as trouvé du monde pour ta demande sur TT.


Je ne trouve pas ton mail pour t'envoyer le texte.
Tu peux me le communiquer sur TT ou sur leparrresseux@yahoo.fr

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